Quelques chiffres:

Environ 25 000 personnes, principalement des

enfants, meurent chaque jour par manque de

nourriture, ou à cause de maladies liées à la

malnutrition, selon la Food and Agricultural

Organization (FAO).

On estime que le tiers des enfants

africains souffrent de malnutrition. Les pays les

plus touchés – où plus de 35 % des moins de 5 ans

ont un retard de croissance, selon l’Unicef – sont le

Burkina Faso, le Burundi, la République

démocratique du Congo, l’Erythrée, l’Ethiopie, la

Guinée équatoriale, Madagascar, le Mali, le Niger, le

Nigeria, la République centrafricaine, la Tanzanie et

la Zambie.

Près de 72 % des terres cultivablers de

l’Afrique subsaharienne et 31 % de ses

pâturages sont dégradés, entraînant, selon des

études des Nations unies, des pertes énormes de

production.

Le continent africain comptait 906 millions

d’habitants en 2005. Cette population dépassera 1,3

milliard en 2025, d’après les estimations du

Population Reference Bureau.

SUR INTERNET

WWW.FAO.ORG

(site de l’organisation des Nations unies)

WWW.ANTENNA.CH

(association suisse à but non lucratif faisant la

promotion de la culture locale de spiruline)

WWW.SPIRUNET.ORG

(blog sur la spiruline)

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Sciences

Lundi 13 mars 2006

L’Afrique mise sur l’algue verte pour mieux se nourrir

LE MONDE | 05.03.06 | 14h49 • Mis à jour le 05.03.06 | 14h49

ous le soleil matinal, l’eau couleur olive scintille dans le grand bassin. Depuis une heure, Fati et Na

sont tout à leur récolte. Litre après litre, elles versent l’eau sur un linge blanc, filtre improvisé dans

lequel s’amasse une pâte verte spongieuse : de la spiruline, une algue microscopique qui vit au fond des

lacs mais peut être cultivée dans des fermes telles que celle-ci, située à Ouahigouya, dans le nord du

Burkina Faso.

Baptisée cyanobactérie Arthrospira platensis par les

scientifiques, cette algue pourrait bien, dans les

prochaines décennies, transformer le quotidien de

certaines populations malnutries de la planète. Et

pour cause. Riche en vitamines (A, B12, E) et en

minéraux (fer, calcium, magnésium), elle présente

une impressionnante teneur en protéines : de 50 % à

70 % de sa matière sèche, presque deux fois plus que

le soja. A tel point que l’Agence spatiale européenne

compte l’utiliser dans ses longues missions de trois

cents ou quatre cents jours, « comme le retour sur la

Lune en 2018 ou les vols sur Mars en 2035« , explique

Christophe Lasseur, chef du projet spatial Melissa.

« Se cultivant facilement, la spiruline est directement

comestible et pourra être produite sur la Lune ou

Mars. C’est sur elle que reposera en partie la survie

de l’équipage. »

A partir du 4 mars, cette algue est l’objet d’un

premier colloque panafricain réunissant à Agharous

(Niger) « algoculteurs », médecins et chercheurs d’une

dizaine de pays. L’enjeu est d’autant plus important

que, selon un récent rapport de l’Association

américaine pour l’avancement de la science, sans

nouveaux investissements, notamment agricoles, « le

monde comptera 100 millions de personnes

sous-alimentées supplémentaires en 2015″.

En Afrique, en tout cas, associations et

gouvernements n’hésitent plus à miser sur cette

culture simple et bon marché, accessible aux petites

exploitations, qui demande 4 fois moins d’eau et 20

fois moins d’espace que le soja pour un rendement en

protéines équivalent. Des fermes expérimentales se

sont développées au Mali, au Bénin, au Niger. La

récolte se fait tous les trois jours : filtrée et essorée,

l’algue, déjà prisée par les Aztèques et les populations du lac Tchad depuis des centaines d’années, est

ensuite séchée et réduite en poudre.

Au Burkina Faso, après le lancement de dix fermes pilotes, le gouvernement s’est engagé dans un vaste

projet de 3 600 m2 de culture, qui sera finalisé en 2010. Si les études futures se révèlent concluantes, le

ministère de la santé pourrait élever la spiruline au rang de médicament.

Au Sénégal, c’est Viviane Wade, la femme du chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, qui mène campagne : fin

2005, son association Education Santé a fait don de 45 tonnes de farine enrichie en spiruline pour

soigner 10 000 enfants nigériens.

Enfin, parce qu’à l’avenir cette expansion pourrait être limitée par la raréfaction de l’eau douce, « le

président de Madagascar, Marc Ravalomanana, un ancien entrepreneur agroalimentaire, soutient un

projet expérimental de culture de spiruline dans l’eau de mer à Tuléar », souligne Nardo Vicente,

responsable scientifique de l’Institut océanographique Paul-Ricard.

Les défenseurs de la spiruline ne sont pas cantonnés en Afrique. « Au Chili, après de longues recherches,

des universitaires de Santiago ont obtenu l’aide gouvernementale et exploitent depuis cinq ans la

spiruline dans les eaux saumâtres du désert de l’Atacama », précise M.Vicente, qui a développé une

station pilote à but pédagogique en Camargue. « La suite du projet va dépendre du financement que

nous accordera l’Institut océanographique. En Europe, il manque encore une volonté politique. »

Néanmoins, le Centre de formation professionnelle et de promotion agricole de Hyères (Var) propose,

depuis la rentrée 2005, des sessions spécifiques qui vont « s’ouvrir à l’international », se réjouit le

responsable, Claude Villard. Déjà, une centaine d’élèves reçoivent chaque année un certificat et partent

enseigner à l’étranger la culture artisanale de la spiruline.

Au Centre de récupération nutritionnelle d’Ouahigouya, au Burkina Faso, Diane, infirmière, constate

jour après jour les effets bénéfiques de l’algue, distribuée gratuitement aux enfants malnutris, qui

« prennent 100 grammes par jour grâce aux 2 petits grammes verts qu’on mélange à leur bouillie de

mil ». Et d’insister sur le potentiel de cet apport. « Connaissez-vous beaucoup de plantes qui renforcent

ainsi des organismes affaiblis ? » Mais pour le docteur Francis Monet, de la délégation burkinabée de

l’Organisation mondiale de la santé, « la spiruline relève de la médecine traditionnelle. Pour être

REUTERS/FINBARR O’REILLY

Un tiers des enfants africains sont malnutris.

reconnue comme médicament, il faudrait qu’elle ait une action spécifique sur une maladie donnée.

Pour l’instant, nous la considérons comme un simple complément nutritionnel ».

Or, même à ce niveau, la spiruline, cultivée majoritairement de façon artisanale, a du mal à s’imposer

face au Plumpy’nut, cette pâte à base d’arachide brevetée et produite en France. « Nous avons là un

concentré technologique qui répond aux besoins de l’enfant malnutri, explique Geza Harczi, deMédecins sans frontières.

Nous ne sommes fermés à aucune option mais, pour le moment, il n’y a pasd’études scientifiques qui prouvent l’efficacité de la spiruline. » Même position de Ludovic Bourbé,

directeur technique d’Action contre la faim, qui ne demande qu’à se laisser convaincre, preuves

scientifiques à l’appui.

Néanmoins, Gilles Raguin, responsable de la lutte contre la malnutrition au Programme alimentaire

mondial (PAM), souligne qu’après plusieurs années de méfiance, « on parle aujourd’hui de la spiruline

de façon plus positive. Si, à court terme, elle n’est pas prête à entrer dans les standards des grandes

organisations internationales, elle a désormais leur bienveillance ».

Une évolution lente qui se nourrit de la multiplication des initiatives de terrain. « Tout cela commence àbouillonner

, note M. Vicente. Des projets concrets se développent dans le Sud au fur et à mesure que les

dirigeants prennent conscience que la spiruline peut permettre à leur pays de sortir du marasme. »

Article paru dans l’édition du 05.03.06